Préparer sa navigation en voilier : météo, courants, routage

Mockup routage avec qtvlm

Ça y est, votre location approche et vous devez être impatients de partir en mer. Cela fait maintenant plusieurs semaines que vous avez réservé votre séjour à bord de ce voilier, alors il est temps de regarder les conditions qui vous attendent et les destinations qui s’offrent à vous au départ de La Baule-Le Pouliguen ou de Pornichet. 

Je vous partage ici mes conseils pour préparer au mieux votre navigation et naviguer l’esprit tranquille.

La météo

La première chose à regarder c’est bien évidemment la météo et notamment les prévisions concernant le vent : force, direction et évolution. En voilier on est dépendant du vent et c’est principalement lui qui va déterminer notre zone de navigation. L’absence de vent réduit mécaniquement le champ des possibilités, quand un coup de vent nous oblige à prévoir des abris intermédiaires. 

Je regarde aussi l’état de la mer : hauteur et période de houle, mer du vent qui vient s’ajouter par-dessus. Une mer courte peut rendre une sortie moins agréable, même avec un vent tout à fait raisonnable.

Lorsque vous regardez les prévisions météo, il convient de ne jamais se fier à un seul modèle météo. Chaque modèle météo a ses spécificités et un algorithme différent.

  • AROME (Météo-France) : c’est le modèle le plus précis sur nos côtes, avec des mailles de 1,3 km. Cette finesse lui permet de capter les phénomènes locaux, comme le thermique, ou les renforcements de vent près des pointes rocheuses. En contrepartie, les prévisions ont une portée courte, 2-3 jours maximum. 
  • GFS (modèle américain) : ses mailles font environ 25 km, ce qui lisse pas mal les effets de côte et le rend moins fin sur le détail local. Mais il tourne plusieurs fois par jour et couvre une portée de 5 à 7 jours, ce qui en fait un bon outil pour repérer une évolution qui se prépare, une dégradation ou une fenêtre qui s’ouvre. 
  • ECMWF (modèle européen) : avec des mailles autour de 9 km, il trouve un bon compromis entre finesse et portée. C’est un modèle de référence réputé pour sa fiabilité sur 3 à 5 jours. 
  • ICON (modèle allemand) : environ 13 km de maille sur son domaine global, resserré à 6,5 km sur l’Europe. Contrairement aux autres modèles qui utilisent une grille latitude-longitude, il repose sur un maillage triangulaire qui recouvre la Terre de façon plus uniforme, sans distorsion. Je le regarde principalement pour confirmer une tendance et comme modèle pour mes routages sur quelques jours. 

L’idée est de comparer les modèles et leurs prévisions pour dégager une tendance. Quand tous les modèles s’accordent, on peut considérer les prévisions comme fiables, même si je n’exclus jamais des effets de site isolés ou de possibles erreurs. Cela reste des prédictions mathématiques et le réchauffement climatique rend plus difficile les prévisions. À noter également que les rafales peuvent être 20-30% plus fortes qu’énoncées. 

Quand les modèles divergent, il faut rester prudent sans pour autant renoncer à sa sortie. Des modèles comme le GFS et l’ECMWF donnent souvent de bonnes tendances.

Pour tout ça, j’utilise Windy, qui permet de comparer d’un coup d’oeil les modèles et l’état de mer sur une même carte, ainsi que les bulletins de Météo-France marine .

Marées et courants

La seconde chose à noter pour bien préparer votre navigation, ce sont les horaires de marée. Le port de La Baule-Le Pouliguen est sensible aux marées et nécessite une hauteur d’eau de 3m50 pour sortir sereinement avec la quille baissée sur le First 21.7. L’entrée du port est en effet ensablée avec une sonde à -1.60m, y compris dans le chenal. Et ce n’est pas le seul port de la région qui est concerné : Piriac (port à seuil), Le Croisic, l’Herbaudière (sonde à 0.6m), ou Port La Vie… tous nécessitent une attention particulière aux horaires de marées.

Notez les heures de pleine mer du port de départ/retour (La Baule ou Pornichet), et de vos escales pour être certain de pouvoir entrer au port. Les horaires de PM vous donnent aussi une bonne indication sur le courant que vous pouvez rencontrer lors de vos manoeuvres de port : courant plus fort à mi-marée qu’à l’étal. C’est encore une fois le cas du Port de La Baule-Le Pouliguen sujet au courant important et est réputé difficile pour les manœuvres. 

Source : data.shom.fr

Au-delà des manoeuvres de port, les marées et les courants peuvent avoir un impact considérable sur votre navigation. Prenez le temps d’étudier la carte des courants des zones que vous envisagez de visiter et essayez de vous caler pour avoir le courant à votre avantage, à défaut à moindre désavantage.

La baie de Quiberon est un bon exemple, avec des courants assez forts, notamment au niveau de la Teignouse. Avec la marée dans le bon sens, c’est comme être sur un tapis roulant, à l’inverse avec le courant à contre, vous aurez la sensation (vraie ou pas) de faire du surplace, voire de reculer. Personnellement, si je sais que je vais être à contre courant dans cette zone, je vais privilégier un passage au large de Belle-Île plutôt que de chercher à couper dans la baie.

L’estuaire de la Loire est aussi un cas intéressant, car le jusant et le flot sont là aussi importants et l’estuaire peut soit vous “aspirer” soit vous pousser dans la baie du Pouliguen. 

Bref, se caler sur le courant, c’est souvent gagner une ou deux heures de navigation. 

Vous pouvez retrouver les cartes des courants sur le site du SHOM, dans le Bloc Marine et via des applications comme Navionics ou Juzzy.

Cartographie et approches de port

Enfin, il convient d’étudier la cartographie afin de repérer les dangers sur votre route : parc éolien, zone aquacole, hauts-fonds, épaves… Pour cela utilisez le service gratuit data.shom.fr ou OpenSeaMap. Vous pouvez également télécharger sur votre téléphone une application comme Navionics ou Navily. C’est un bon complément au GPS/traceur à bord de Greenock, et cela vous permettra de garder votre trace en souvenir après votre location.

Préparez également vos approches de port : alignement, chenal, dangers à l’entrée du port (ex. banc de sable), ponton visiteur… Vous trouverez ces informations sur la plupart des sites des capitaineries, mais aussi dans le Bloc Marine.

Un point à garder en tête sur le First 21.7 : le tirant d’eau est de 0,80 m quille relevée. Ça ouvre beaucoup de mouillages et de petits ports fermés aux voiliers à quille fixe, mais il vaut mieux rester prudent avant de s’engager dans une zone peu profonde.

Et personnellement j’aime avoir un ou deux points de repli en tête, un port ou un mouillage abrité, au cas où le vent tombe ou forcit plus que prévu. 

Le routage avec qtVlm

Pour ceux que ça amuse, vous pouvez même créer vos routages avec qtVlm, un logiciel de routage open source. Importez les fichiers météo (GRIB) et de courant (Harmonics), créez un parcours et le logiciel calcule la meilleure route en fonction des conditions météo, des dangers et de la polaire du bateau. Vous pourrez alors visualiser le temps parcours, la date et heure d’arrivée à destination, mais aussi le tableau de marche heure par heure avec les allures, les manœuvres. Parfait pour préparer sa navigation.

Le logiciel n’est pas des plus facile à prendre en main, aussi j’offre ce service de routage à chaque location. Partagez avec moi vos envies de destinations et je vous prépare votre feuille de route avant votre départ. 

Voilà, vous avez maintenant toutes les clés pour bien préparer votre navigation : la météo, les courants, la carto, et le routage. Il ne reste plus qu’à larguer les amarres et à prendre du plaisir en mer.