Catégorie : Journal de bord

Récits de navigations à bord de Greenock

  • Convoyage de Saint-Malo à La Baule

    Convoyage de Saint-Malo à La Baule

    Ça y est ! Greenock a rejoint son nouveau port d’attache, le port de La Baule-Le Pouliguen. Le convoyage depuis Saint-Malo a été une formidable aventure et une occasion de faire connaissance, Greenock et moi. Je vous raconte tout ça ici.

    Saint-Malo > Perros-Guirec : baptême du feu

    Accompagné de Malo, nous rejoignons le port des Sablons à Saint-Malo pour prendre la mer jeudi 4 juin. Ça souffle un peu, mais les prévisions météo annoncent une baisse soudaine du vent vers 21h et même pétole au petit matin et le reste de la journée de vendredi. À 23h, nous constatons une baisse du vent à l’entrée du port et décidons de prendre la mer. Par précaution, nous sortons avec 2 ris dans la grand-voile. On se prépare à avoir un début de nav avec quelques rafales soutenues pendant 2-3h max, puis un reste de la nuit plus tranquille.

    Malheureusement, ça ne se passe pas du tout comme ça.

    Le vent ne faibli pas du tout, et la mer s’est formée. On navigue sur une mer avec des vagues de 2-3 m, dans 25 nœuds de vent, avec des rafales dépassant les 35 nœuds. Une sacrée entrée en matière, plus éprouvante pour l’équipage que pour le bateau. Au près dans 35 nœuds, il encaisse, fait sa vie et reste étonnamment doux à la barre. Il a un super comportement et n’a pas peur d’affronter ces conditions. C’est très rassurant — d’autant plus que l’équipage, pas encore amarinné, passe une nuit difficile à se faire rincer par les vagues et les embruns. Impossible de manger, d’organiser des quarts pour dormir.

    On peut enfin reprendre nos esprits et recharger nos batteries vendredi midi. Le vent baisse enfin et les quelques rayons de soleil qui percent le ciel réchauffent le corps et le cœur. Mais à peine le temps de souffler qu’un autre front est annoncé — un BMS avec des rafales à plus de 45 nœuds est diffusé. Nous faisons donc cap sur Perros-Guirec pour nous mettre à l’abri et nous reposer un peu après ces premières 24h éprouvantes.

    Nous savourons chaque instant de ces heures de répit.

    Perros-Guirec > Concarneau : le tour de Bretagne

    Dimanche matin, 11h, nous reprenons la mer direction Concarneau. La journée se passe plutôt bien, si ce n’est que le vent tourne au sud-ouest et nous oblige à tirer des bords. En début de soirée, au passage de Roscoff, le vent commence à monter. Fort. Nous voyons un front foncer droit sur nous, à moins que ce soit l’inverse.

    Vent de SO, 20-28 nœuds, mer agitée. Nous revoilà partis pour un tour de machine à laver, au près et sous la pluie. On réduit encore une fois la voilure à son maximum pour rester manœuvrant : 2 ris GV + 3 ris génois. Et encore une fois le bateau encaisse. Il est étonnamment sage et serein dans ces conditions. On le barre à deux doigts, il file sur l’eau à toute vitesse. On a vu sur le GPS des pointes à plus de 8 nœuds et on avance globalement autour de 6 nœuds.

    Au petit matin, après un looong bord de près de 10h, le vent nous offre une bascule à l’ouest pile au moment où l’on passe la pointe de la Bretagne, nous permettant d’entamer la descente vers le sud direction le Raz de Sein. On est trempés, il y a de l’eau partout dans le bateau, on a froid et on est fatigués. Nous devons attendre 15h pour voir les premiers rayons de soleil et pouvoir enfin faire sécher quelques affaires.

    Au passage du Raz de Sein, quelques dauphins viennent nous saluer. J’ai envie de voir ça comme un bon présage, comme un signe envoyé par Neptune pour nous accorder le passage. Quoi qu’il en soit, le passage est une formalité.

    Nous voilà enfin sortis du près. Mais dans une mer qui reste assez formée, le portant n’est pas des plus reposant. La houle rend la marche assez instable et le bateau a du mal à avancer. On décide de faire cap vers Concarneau pour y passer la nuit et se reposer un peu. On arrive au port vers minuit, fatigués, mais soulagés d’avoir terminé notre tour de Bretagne et d’avoir derrière nous le plus gros morceau.

    C’est ici que Malo me quitte. Il ne peut malheureusement pas continuer le convoyage avec moi. Merci à lui de m’avoir accompagné sur ces quelques jours — c’était une sacrée aventure.

    Concarneau > La Baule : arrivée en solo

    Je reprends donc la mer, en solo, mardi matin pour rejoindre le port de La Baule-Le Pouliguen. Les prévisions météo sont plutôt encourageantes, même si je me méfie un peu après ces derniers jours. Ça va être l’occasion de faire plus ample connaissance et de tester les réglages du pilote automatique. Je pars de Concarneau vers 10h. J’envoie directement le gennaker et garde 1 ris dans la grand-voile au cas où le vent se lève. Je file tout droit vers Belle-Île avec un long bord de reaching. Arrivé à Belle-Île, j’envoie le spi asymétrique pour abattre un peu et passer entre Hoedic et Houat. Je suis rejoint par un nouveau groupe de dauphins qui viennent jouer avec la quille et marquer une nouvelle étape dans ce convoyage.

    Je dois trouver mes repères sous spi. Il faut dire qu’il y a un monde entre le spi du First 21.7 et ce que j’avais sur mon Mini proto. Sa petite taille en fait une voile très facile à manœuvrer — même quand on part au lof, le bateau est facile à récupérer. En revanche, l’absence de bout-dehors orientable ne permet pas de trop descendre au vent. Je dois m’écarter à 50-55° et tirer quelques bords. Ça a au moins le mérite de me faire travailler mes empannages en solo. Je suis agréablement surpris par la marche du bateau sous spi. Le spi contribue même à la stabilité en apportant de la portance — il roule bien moins du cul qu’avec le génois, même dans 15-20 nœuds de vent et une houle conséquente.

    Je croise la route du Maxi Banque Populaire XI

    À 4 milles de la baie de La Baule, je suis rejoint par un nouveau groupe de dauphins qui va m’escorter jusqu’à bon port. Pendant près d’une heure ils vont suivre le bateau, jouer avec la quille surfer la houle avec moi, et certains vont même jusqu’à tenter des sauts devant la proue. Et pour parfaire le tableau, juste avant l’arrivée dans la baie, en face de Batz-sur-Mer, nous traversons un banc d’algues bioluminescentes qui illumine les dauphins. On dirait des patronus dans Harry Potter. Un instant magique, dans lequel j’y vois là encore un signe.

    Jamais je n’aurais pu souhaiter meilleur accueil pour Greenock dans son nouveau port d’attache. À croire que Greenock porte en lui un peu de chance irlandaise ☘️

    23h48. Me voilà arrivé à bon port et amarré au ponton. Un peu de rangement, un plat chaud et un peu de sommeil avant de reprendre la mer pour un prochain voyage.